80 jours Japon : Interview de Rodolphe et Amandine


80 jours Japon est une très belle série de documentaire sur l’artisanat japonais qui m’a vraiment touché. Suite à l’article que j’avais rédigé sur ce projet, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer leurs créateurs, Amandine et Rodolphe. Ils ont très gentiment accepté de se prêter au jeu des questions réponses.


Bonjour Amandine et Rodolphe. Comment est venu votre intérêt pour le japon ?

Rodolphe : Bonjour Stéphane, j’ai découvert le Japon par sa langue. Je m’intéresse beaucoup aux langues et j’ai un jour voulu apprendre une langue asiatique. J’hésitais entre le chinois et le japonais. Comme le japonais plaisait plus à mon oreille, j’ai décidé de partir là-dessus. Et puis petit à petit je me suis intéressé à la culture japonaise.

Amandine : Bonjour Stéphane ! De mon côté mon intérêt pour le Japon me vient d’abord des mangas, puis de la mode et de la gastronomie nippone.

Qu’est ce qui a motivé votre envie d’y vivre ? Votre vie quotidienne là-bas a-t-elle été à la hauteur de vos espérances ?

Amandine : J’ai fait plusieurs séjours en tant que touriste avant de décider d’y vivre à la fin de mon Master, pour commencer ma carrière. En m’installant à Tokyo, je ne m’attendais à rien, je cherchais juste un gros dépaysement et j’ai été servie ! Rien n’est semblable à la France, on réapprend tout et on découvre énormément de choses. Ce qui m’a le plus marquée, c’est à quel point Tokyo est une ville solitaire. Il y a une vraie distance entre les gens, il est extrêmement rare que l’on s’invite à dîner chez soi, que l’on se raconte des histoires intimes ou que l’on se voit souvent. C’est donc difficile de se créer des amitiés.

Rodolphe : Je me suis dit que le meilleur moyen d’approfondir mon apprentissage du japonais, c’était d’être à son contact H24. D’être en immersion totale. Alors je suis parti en visa PVT pendant un an. Ensuite, Amandine m’a proposé un travail à Tokyo alors que je vivais à Shanghai, en Chine. J’ai accepté et je suis retourné vivre au Japon. La vie quotidienne là-bas est très pratique, surtout quand on maîtrise la langue ! Il y a forcément des hauts et des bas, des choses avec lesquelles on est en désaccord, mais la vie à Tokyo est plutôt agréable (et festive) si on a le bon cercle social !

D’où vous est venue l’envie de faire des documentaires sur l’artisanat au Japon ?

Rodolphe : J’ai toujours voulu faire des vidéos plus qualitatives, de style reportage, sur ma chaîne YouTube. Amandine a pensé à l’artisanat car c’est quelque chose que l’on trouve important et essentiel dans la culture d’un pays. Et puis ça change de ce qu’on a l’habitude de voir quant aux sujets abordés en vidéo sur le Japon !

Amandine : L’artisanat traditionnel est quelque chose qui me fascine et m’impressionne, et voir que cela disparait si vite, au profit du plastique et du jetable, me brise le cœur. J’ai pris ce projet comme l’occasion de pouvoir rencontrer ces personnes et documenter leur art.

Avez-vous rencontré des difficultés pour rentrer en contact avec les artisans et pour les convaincre de vous laisser les filmer ?

Amandine : J’ai rencontré peu de difficultés car je les ai contactés majoritairement via des personnes qu’ils connaissaient. En fait, comme tu le sais sûrement, le Japon est un pays patriarcal et conservateur, il existe donc des associations et groupes d’entraide féminins dont un bon nombre sont composés de femmes étrangères. J’en faisais partie, et les femmes de ces groupes m’ont soutenue dès le début du projet et aidée à entrer en contact avec des artisans traditionnel. Au Japon, tout est extrêmement plus simple quand vous connaissez quelqu’un qui connait quelqu’un.

Rodolphe : c’est Amandine qui s’est majoritairement chargée de ça, et elle a plutôt bien assuré. Sinon pour ma part c’était des rencontres via des contacts.

Comment avez-vous abordé les tournages ? Quelles expériences en avez-vous retiré ?

Rodolphe : Au début un peu n’importe comment ! On a tout appris sur le terrain, et c’était une expérience très formatrice pour nous ! Pour les derniers documentaires on savait ce que l’on voulait filmer, ce que l’on voulait montrer, c’était beaucoup plus fluide que les premiers essais. Je pense qu’on s’en est bien sortis pour une première fois.

Amandine : En effet, au début c’était vraiment au feeling et on filmait tout de peur de manquer de footage. On stressait énormément car on avait aucune idée de ce que l’on faisait. J’adore les documentaires, alors j’essayais de filmer des plans dans un style similaire à ce que j’aime. Les derniers tournages ont été bien plus serein et on voit d’ailleurs l’évolution au fil des documentaires.

Quelle est votre meilleur souvenir de ces 80 jours ?

Rodolphe : Probablement l’un des derniers jours avec mes amis que l’on a rejoints à Kusatsu, une ville thermale à 2h de Tokyo. On est sortis le soir et il pleuvait à fines gouttes, ce qui donnait une atmosphère féerique avec la fumée des sources chaudes et les éclairages. Comme il pleuvait il n’y avait que nous. C’était fantastique !

Amandine : Il y en a eu plein mais si je devais en choisir un, ce serait quand on était à Semboku dans la préfecture d’Akita, où il y a un lac émeraude et là où on a pris la photo de la couverture de notre livre (https://80joursjapon.com/products/livre-road-trip-80-jours-japon) C’était super car c’était la fin du road trip, on pouvait complètement se détendre, il n’y avait personne, juste nous et ce lac sublime.

Et le moins bon ?

Amandine : Il y a eu des moments difficiles, car vivre dans un van avec sans table, wc et autres aménagements c’est dur au quotidien et si c’était à refaire, on choisirait un véhicule mieux aménagé c’est sûr ! Donc je dirais avoir choisi l’option minimum, mais c’était la seule qui correspondait à notre budget hahaha

Rodolphe : Je ne pense pas qu’il y ait un « moins bon » souvenir. Il y a eu de l’adversité, forcément, mais tout était positif en fin de compte. Je préfère me souvenir de ces 3 mois en positif. Je n’ai rien qui me vient en tête quand je pense « négatif », donc c’est une bonne chose !

Est-ce que cette expérience a fait évoluer votre vision du Japon et des Japonais ?

Amandine : Alors oui ! On avait décidé de partir en voyage autour du Japon pour cette raison d’ailleurs car on n’en pouvait plus de la vie à Tokyo et de la manière dont les gens sont. On souhaitait découvrir une autre partie du Japon, loin des grandes villes pour voir la différence. Et elle est flagrante ! Je suis super heureuse d’avoir fait ce voyage, le Japon est réellement un pays qui regorge de paysages sublimes et de personnes adorables.

Rodolphe : Complètement ! La vie à Tokyo n’est pas représentative du Japon tout entier, comme Paris pour la France. Ça nous a fait du bien de voir autre chose, de voir du vert, des gens avec un avis et un style de vie différents. À Tokyo, l’humain s’efface trop, tout est presque robotisé. Dans la campagne, on a rencontré des gens entiers, et c’est un Japon qui me plaît plus.

Et si c’était à refaire ?

Rodolphe : je repartirais demain ! Peut-être moins longtemps et sur une zone plus petite, à explorer en profondeur. Ou alors dans un autre pays. Mais le concept du road trip en van me plaît beaucoup.

Amandine : Pareil, c’était une expérience ultra positive et ça me manque tous les jours ! J’ai envie d’explorer encore plus mais comme le dit Rodolphe sur une durée bien plus courte que 80 jours !

Avez-vous d’autres projets pour la suite ?

Rodolphe : pour le moment, avec la pandémie, c’est compliqué. On a été coupés dans notre élan. Donc on va voir. On va essayer de relancer la machine, quand on pourra voyager de nouveau.

Amandine : On a des pistes par-ci par-là mais vu la situation internationale avec le Covid-19, on regarde plutôt du côté de la France. On verra !

Question bonus : Si vous deviez recommander à mes lecteurs, un plat, un lieu et une expérience à vivre au Japon, quels seraient-ils ?

Amandine : Un plat ce serait le taiyaki à l’azuki, le lieu ce serait la ville de Kusatsu en hiver avec la vapeur de onsen qui sort de partout et une expérience les onsen !!

Rodolphe : pour moi ce serait un bon bol de ramen, faire un tour à Yamadera dans la préfecture de Yamagata et passer une nuit dans un ryokan, une auberge traditionnelle japonaise avec onsen !


Un très grand merci à Amandine et Rodolphe pour avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, je vous invite à découvrir les magnifiques documentaires de 80 jours Japon sur leur chaine YouTube : Im Rodolphe – 80 jours Japon, mais également sur leur site https://80joursjapon.com/

Vous pouvez également en savoir plus en consultant notre précédent article sur : 80 jours Japon : A la découverte de l’artisanat japonais.


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