Dans un jardin qu’on dirait éternel


Inspiré du roman « La cérémonie du thé » (日日是好日, Nichinichi kore kōjitsu, que nous pourrions traduire par « chaque jour est un bon jour ») de Noriko MORISHITA, Tatsushi Ōmori réalise une adaptation cinématographique émouvante qui nous fait invite à découvrir l’univers de la cérémonie du thé, lentement, au fil des saisons qui passent.

« Dans un jardin qu’on dirait éternel » raconte l’histoire de Noriko et Michiko, deux cousines au tempérament opposé qui commencent à prendre des cours de cérémonie du thé avec madame Takeda, une dame âgée qui enseigne cet art aux règles très strictes.

Noriko est une jeune fille de 20 ans, introvertie, qui se questionne sur son avenir. Michiko, sa cousine est son exact opposé. Elle sait ce qu’elle veut faire de sa vie, et son caractère est extraverti et enjoué. Elles se lancent toute les deux dans l’apprentissage de la cérémonie du thé. Dans un jardin qu’on dirait éternel nous fait suivre les deux cousines dans leur apprentissage de cet art séculaire. Les deux cousines prendront finalement un chemin différent après quelques années, Michiko choisissant de se consacrer à son mariage, tandis que Noriko continuera inlassablement d’apprendre et de profiter des bienfaits de la cérémonie du thé pendant les 24 ans de sa vie que le film nous propose de suivre. N’aimant pas forcement cet apprentissage au début de sa formation, elle viendra à l’apprécier de plus en plus jusqu’à en faire un mode de vie à part entière.

Le film fait l’éloge de la lenteur, de la vie avec les saisons et de l’observation de la nature. Car même si la cérémonie du thé est un art qui demande beaucoup de pratique et de respecter un nombre incalculable de règles, c’est surtout un mode de vie. La voie du thé peux être considéré comme une méditation. Il ne faut pas réfléchir lors de cet art, mais laisser ses mains faire les mouvements par elles même après de nombreuses années de répétition et d’apprentissage. Les mouvements ne viennent pas de la tête, mais du cœur.

Comme l’apprentissage de la cérémonie du thé, le rythme du film est lent et contemplatif. Et ce n’est pas un défaut, loin de là. On ne s’ennuie pas à suivre l’évolution de la vie de Noriko à travers les cérémonie du thé. Le film critique ouvertement nos sociétés modernes ou tout va trop vite, ou on ne prend plus le temps de profiter du moment. Petit à petit, le spectateur en apprend un peu plus sur cet art et se laisse bercer par les magnifiques images du réalisateur et les gestes plein de grâce de madame Takeda et de Noriko. On se retrouve immergé dans cette ambiance zen et relaxante. La maison de Madame Takeda devient un lieu où tous les soucis du monde sont oubliés et ou Noriko peut se consacrer entièrement à la voie du thé. Pour chaque moment difficile dans la vie de Noriko, elle trouvera une réponse dans la pratique de la cérémonie du thé.

Dans un jardin qu’on dirait éternel est rythmé par les saisons et les différentes wagashi (pâtisseries traditionnelles japonaise) qui les accompagne lors de la dégustation. Car la cérémonie du thé est avant tout l’art de préparer et boire le thé. Chaque cérémonie est différente en fonction de la saison et on comprend l’exigence de cet art. Malgré 24 ans de pratique Noriko fait toujours de nombreuses erreurs, et madame Takeda, par une modestie typiquement japonaise, admet en faire aussi.

Ce magnifique film est porté par de très grandes actrices qui permettent de nous faire vivre l’histoire au mieux. La très grande Kirin Kiki, dans le rôle de madame Takeda est absolument merveilleuse dans la peau d’une professeure sévère et bienveillante à la fois. Ce rôle est d’ailleurs le dernier qu’incarnera Kirin Kiki avant de nous quitter en 2018. Vous l’avez peut-être également aperçu dans « Une affaire de famille », dans un autre registre, mais toujours excellente dans le rôle de la grand-mère.

Pour son dernier film, cette très grande actrice livre une superbe performance. On aperçoit l’énorme travail qu’elle a dû accomplir pour maitriser l’art de la cérémonie du thé et restituer à l’écran tous ces gestes avec autant de grâce et de poésie.

Haru Kuroki, dans le rôle de Noriko est également très bonne. Elle joue son personnage d’introvertie à la perfection, tout en délicatesse. Mikako Tabe, qui incarne Michiko est elle aussi très juste dans son rôle. Les performances de ces actrices jouent grandement dans la crédibilité du film et apportent un vrai plus a une histoire déjà passionnante.

Les 1h40 du film passent finalement en un clin d’œil. Passionné ou non par le sujet, cette histoire est une belle initiation à la cérémonie du thé. Dans un jardin qu’on dirait éternel permet de passer un bon moment, d’appréhender la culture du thé au Japon, mais aussi de se relaxer et de prendre le temps de contempler tranquillement un magnifique film empli de poésie.

Si vous avez l’occasion, je vous recommande fortement de regarder ce superbe film. La prochaine étape, s’intéresser au roman autobiographique La cérémonie du thé de Noriko MORISHITA dont le film est tiré ?